Zone de construction

19 août 2010

René Cormier – Directeur artistique

Bienvenue dans le site des Zones théâtrales. Ce site est actuellement en restructuration. Au cours des prochains mois, nous serons heureux d’y intégrer diverses informations concernant l’édition 2011 de cet événement théâtral national. D’ici là, pour tout renseignement, vous pouvez communiquer avec le nouveau directeur artistique :

René Cormier
Directeur artistique
Zones théâtrales
National Arts Centre/Centre national des Arts
53, rue Elgin Street
Ottawa, ON K1P 5W1
Téléphone : (613) 947-7000, poste 214
Cellulaire : (506) 866-1256
Courriel : rcormier@nac-cna.ca

Bon été, et au plaisir de vous accueillir du 12 au 17 septembre 2011!

L’Équipe des Zones théâtrales

Lire le Communiqué de presse

12 février 2010

Zones Théâtrales accepte maintenant les candidatures pour le poste de directeur artistique.

SOMMAIRE DES FONCTIONS :

Sous la direction du producteur et en accord avec la mission, le ou la titulaire assurera le leadership et la direction artistique des Zones Théâtrales (ZT), le mandat et les objectifs de l’événement. Il ou elle définira les grandes orientations de chaque édition des ZT et en concevra les diverses activités. Il ou elle déterminera la programmation primaire (productions théâtrales et productions théâtrales en chantier) et secondaire (discussions, lectures, tables rondes, ateliers, 5 à 7, expositions, soirées, etc.) des ZT. De plus, la personne retenue assistera aux productions théâtrales susceptibles d’être sélectionnées pour les ZT et à toute autre activité jugée utile. Elle travaillera en étroite collaboration avec le producteur, les instances de coordination, de communications, de marketing et l’équipe technique de l’événement. Cette personne représentera la dimension artistique des ZT et optimisera les liens avec les partenaires artistiques, associatifs et autres des Zones. Elle veillera au bon déroulement des ZT.

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12 septembre 2009

La fameuse FAQ (suite et fin)

Je ne voulais pas programmer Nature morte dans un fossé aux Zones Théâtrales. Non pas parce que je n’aimais pas la production, mais parce que j’y étais lié. Je me sentais en conflit d’intérêt (même si les intérêts financiers étaient bien petits) vu que j’avais traduit la pièce. Et en manque d’objectivité, parce que lié à l’origine du projet. (Réglons tout de suite la question de l’objectivité : les critiques ont été généreusement élogieuses, Le Devoir écrivant même que la production se rendait au plus près humainement possible de la perfection.)

Le tout avait commencé un samedi après-midi à la Libraire Gallimard à Montréal alors que j’examinais les nouveautés en théâtre. J’ai, pour ce faire, une méthode à toute épreuve. J’ouvre le livre au hasard et je m’attache à la langue, au ton. Si ça me plaît, je lis le début de la pièce. Le nom de Fausto Paravidino ne me disait rien – je comprendrai bientôt que ce n’était pas étonnant, c’était sa première pièce publiée en français. Je lis donc au milieu et je suis tout de suite accroché par ce langage qui crée par la parole ce qui se passe. Je m’explique : la pièce est entièrement faite de monologues au cours desquelles les personnages disent au présent ce qu’ils font, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils voient et ce qu’ils disent. (D’ailleurs, le fait les personnages ne disent pas mais disent ce qu’ils disent va ancrer la mise en scène de Christian Lapointe.) Revenons chez Gallimard pour la seconde partie du test : la lecture de la première scène. Ça commence vite, drôle et mal : de l’alcool, du necking dans un char, du sperme, un airbag qui explose au visage du personnage et un cadavre de jeune femme trouvé par hasard. Ce diable d’auteur réussit à paqueter deux punch ahurissants en une page et quart – et me voilà en train de lire le deuxième monologue, la bouche ouverte comme un idiot de village, ravi et abasourdi à la fois par l’intelligence et la connaissance de la nature humaine de l’auteur.

De retour à la maison le lendemain, je me lance tout de suite dans la lecture. Je lis d’un trait cette histoire policière où un enquêteur essaie de trouver le coupable du meurtre de la jeune fille avant le téléjournal de 20 heures. Or, ce qui est une habile histoire policière – avec ce qu’elle implique de radiographie sociale – se métamorphose en tragédie lorsque l’identité du meurtrier se révèle. On passe la pièce à s’exaspérer, à rire (un irrésistible personnage de pusher/informateur de police), à s’émouvoir (les monologues de la mère) et, à la fin, on a le souffle coupé.

Le plus longtemps que j’ai pu me retenir avant d’appeler le metteur en scène Christian Lapointe a été sept minutes. Je voulais en attendre au moins vingt, question de ne pas avoir l’air d’un bipolaire sur son high une journée qu’il a oublié de prendre son lithium. Christian a eu la bonté de ne pas me tenir rigueur de ma logorrhée et n’a retenu que l’enthousiasme. Trois jours plus tard, il me rappelle : c’était à son tour de délirer. Là, les choses sont allées vite. Le Théâtre Blanc voulait travailler avec Christian mais ce que Christian avait proposé jusque là à Jean Hazel, le directeur artistique du Théâtre Blanc, ne s’accordait pas avec la ligne artistique de la compagnie. Christian envoie le texte à Jean. Dès le lendemain, Jean manifeste à Christian son enthousiasme en nommant la petite boîte dorée qui renferme les ciboires remplis d’hosties consacrées. Et il saute sur le téléphone pour parler à Marcia Babineau, la directrice de l’Escaouette, vu que les deux compagnies se cherchaient activement une occasion de collaborer. Et comme Christian avait étudié et travaillé à Moncton, tout s’est placé vite. Et comme la traduction publiée en France était terriblement franco-française (ce qui rendait certains passages difficiles à comprendre ici), on m’a proposé de retraduire le texte à partir de l’original italien. Ce qui m’a permis de traduire mozzarella par mozzarella et non pas par fromage blanc…

À travers Nature morte dans un fossé, Christian Lapointe a poursuivi sa recherche sur l’acteur aujourd’hui; dans le spectacle, les acteurs n’incarnent pas leurs personnages, mais ils les fabriquent devant nous sans cacher qui ils sont comme acteurs. Même si l’action se passe en Italie, les comédiens acadiens ont été priés de garder leur accent et le metteur en scène a choisi un comédien d’origine américaine pour jouer l’enquêteur.

La production, grâce à une théâtralité flamboyante, est d’une exceptionnelle justesse humaine.

Voilà l’histoire.

Et voilà pourquoi Marcia m’a enguirlandé : « Ce n’est pas parque tu as fait la traduction qu’il fait que tu exclues un show important dans l’histoire de l’Escaouette! » Elle avait raison. Et pour les représentations aux Zones Théâtrales, je renonce à droits de traducteur et je les reverse à la production. Bref, je suis pas mal content de mon show d’ouverture…

8 septembre 2009

La suite de la fameuse FAQ

Comment Une maison face au Nord s’est retrouvée aux Zones, c’est une histoire assez plaisante. J’aime depuis bien longtemps les textes de Jean-Rock Gaudreault – et Jean-Rock lui-même. Pourtant, son premier texte grand public, La Raccourcie, portant sur les rapports père-fils et créé il y a une douzaine d’années, m’avait davantage intéressé que convaincu. Ce sont les textes pour enfant de Jean-Rock – Mathieu trop court, François trop long, Deux pas vers les étoiles, Une histoire dont le héros est un chameau et dont le sujet est la vie – qui m’ont d’abord renversé : de tout mais de tout ce que j’ai lu en dramaturgie pour l’enfance, ce sont les textes de Jean-Rock qui me font retrouver avec une précision ahurissantes les sentiments, les perceptions et les inquiétudes de ma propre enfance. Il y a aussi une autre dimension incontournable chez Jean-Rock, c’est que sa parole est une parole d’homme. C’est fait avec tranquillité, ce qui n’empêche pas quelques éclats. Il y en a qui freakent et qui le trouvent rétrograde. Ils le lisent mal : jamais le théâtre de Jean-Rock ne préconise un retour d’une domination du masculin sur le féminin, ni ne manifeste une nostalgie du bon vieux temps.

Bref, en 2006, je me suis arrangé pour mettre la patte sur le texte d’Une maison face au Nord ; Benoît Lagrandeur, le directeur du Théâtre la Rubrique à Jonquière (je n’arrive pas à écrire ville de Saguenay) avait dans ses cartons le projet de le créer; il pensait à une coproduction avec Jean-Guy Côté du Théâtre du Tandem à Rouyn-Noranda. Je me souviens d’avoir lu le texte d’une traite. On y entendait des gens qu’on entend rarement sur une scène de théâtre : des gens qui ont gagné leur vie avec leurs mains, présentés sans les piétés marxistes des années soixante-dix (sans parler du fait qu’Henri, un petit entrepreneur en construction, aurait été alors présenté comme un exploiteur). Et il y avait vers la fin de la pièce une électrisante scène mère-fils qui valait à elle seule le prix d’un billet.

La pièce a été lue aux Zones de 2007; la ferveur de la réaction du public nous a soufflés. Les gens étaient émus, touchés, profondément concernés par le drame des personnages. Guy Mignault, comédien et directeur artistique du Théâtre français de Toronto lisait le rôle d’Henri, le personnage principal. La lecture n’était pas finie depuis vingt minutes qu’il y avait une entente verbale de coproduction entre la Rubrique, le Tandem et le Théâtre français de Toronto…  J’ai vu la production à Toronto en février dernier, entre les représentations à Jonquière et celles en Abitibi-Témiscamingue. Je n’ai même pas attendu vingt minutes avant de la prendre…

Pour ce qui est du Grand Voyage de Petit Rocher, la décision, là aussi, s’est prise facilement. Bon : je tenais à présenter une production jeune public. La Vieille 17 et Robert Bellefeuille – qui ne dirige plus la compagnie mais qui y œuvre parfois encore – ont dans ce domaine un track record impressionnant : Le Nez, Mentire, Maïta… Esther Beauchemin me tenait au courant de l’évolution de la production. Je me suis décidé sur la valeur du projet et de ses artisans, vu que la première de la production avait lieu bien après mes délais pour l’établissement de la programmation des Zones. Et quand j’ai vu! Je me sentais comme un enfant le matin de Noël. C’est que ce spectacle, d’une grâce visuelle qui rappelle les plus beaux albums pour enfants, est nourri par une inventivité scénique de chaque instant – attendez de voir Sasha Dominique jouer un glaçon en train de fondre – et porté par des comédiens qui prouvent par A+B que l’imagination est la plus grande qualité dans le travail d’acteur. En fait, ce qui me réjouit du Grand Voyage de Petit Rocher, c’est qu’il s’agit d’une célébration de tout ce qui est propre au théâtre et dont les autres arts sont incapables.

1 septembre 2009

La fameuse FAQ

L’internet nous a familiarisés avec l’acronyme FAQ pour Frequently Asked Questions (que des linguistes francophones ont eu l’idée un peu poche de traduire par « Foire aux questions »). Comme directeur artistiques des Zones Théâtrales, je n’ai pas de Frequently Asked Questions, seulement une Frequently Asked Question – au singulier : « Qu’est-ce qui t’intéresse dans les spectacles que tu as choisis? »

OK, c’est aujourd’hui que j’y réponds. Je vais passer les spectacles en ordre, mais en gardant Nature morte dans un fossé et le Projet Rideau/Rideau Project pour la fin, parce que ce sont des cas à part.

Je commence donc par Bob va à la mer du Théâtre du Nouvel-Ontario. Depuis que j’ai vu sa mise en scène de L’Hôtel à la Catapulte, le travail de Geneviève Pineault m’interpelle et ce qu’elle a fait depuis qu’elle est au TNO – je pense à Slague – déclenche toujours mon intérêt. Lorsqu’elle m’a annoncé il y a un an et demi qu’elle souhaitait monter en français See Bob Run de Daniel MacIvor, j’ai été intrigué. Je connais MacIvor et son théâtre depuis plus de vingt ans. Il y a une quinzaine d’années, j’avais même fait un premier jet de traduction de sa pièce House pour un projet qui finalement n’avait pas abouti. À Montréal, le Festival de théâtre des Amériques, le Quat’Sous et l’Usine C ont beau avoir fréquemment invité MacIvor à jouer, son travail est à peu près inconnu au Québec et dans la francophonie canadienne. Pourtant, son théâtre a une importance énorme au Canada anglais par la constance de sa qualité à travers près d’une vingtaine de textes et par l’originalité de sa dramaturgie, toujours en équilibre sur le fil entre théâtre et performance, entre représentation et présentation, entre l’imaginaire et le réel. See Bob Run, devenu Bob va à la mer dans la très juste traduction d’Annick Léger, met en scène une adolescente en fuite qui entremêle les adresses au public et ce qu’elle raconte aux conducteurs des voitures qui la prennent sur le pouce; à travers contes, récits, mensonges, omissions et révélations fragmentaires, le spectateur comprend peu à peu qui est cette adolescente en fuite et ce qu’elle est en train de vivre. Un rôle difficile, par la justesse émotive qu’il demande, mais surtout par la maîtrise de la durée qu’il exige. Or Geneviève m’annonce qu’elle donne le rôle à une toute jeune comédienne de peu d’expérience : Sandy Fortier. Elle a beau avoir du talent, je me dis qu’architecturer le long arc du spectacle va être une chose difficile pour elle. Au moment de la sélection, le spectacle avait beau être dans ma liste « A », j’attendais de voir. Or, la performance de Sandy Fortier m’a soufflé. Beau travail de mise en scène, mais ça, je m’y attendais. Une autre chose m’a enthousiasmé : le costume créé par Isabelle Bélisle, subtilement polymorphe, bourré de contradictions, métaphore secrète de la détresse et de la confusion du personnage.

Je suis depuis ses débuts le projet Comment on dit ça ‘t’es mort’ en anglais de la Tangente. La sophistication artistique de Claude Guilmain et Louise Naubert m’a interpellé dès que j’ai fait connaissance de leur travail. Leur Requiem pour un trompettiste, un projet complètement fou impliquant un quintette de jazz live et un dédoublement de point de vue pour les spectateurs, avait ouvert avec éclat les premières Zones Théâtrales en 2005. Ce projet-ci est né d’une veine plus intimiste : Claude Guilmain a écrit une série de proses cadencées au « je », proses où le narrateur, affecté par la perte simultanée de son père et de son frère, voit son esprit s’égarer dans des peurs imaginaires dès que survient une contrariété. Ces textes sont profondément touchants car ils font état d’un esprit adulte qui, face à l’intolérable, réagit comme celui d’un enfant : par une fuite éperdue dans un monde imaginaire, guère plus rassurant que le monde réel, certes, mais qui au moins vient de soi. Louise Naubert a minutieusement arrangé ces textes en une série de monologues. Elle a trouvé son interprète en Bernard Meney, qu’elle a rencontré lors du Laboratoire du Théâtre français dirigé par Brigitte Haentjens. Bernard, que je connais depuis fort longtemps, a eu un parcours d’acteur atypique, faisant partie dans les années quatre-vingt de la petite équipe du Théâtre Ubu, travaillant depuis trois ans avec Wajdi Mouawad. Il est sensible comme un sismographe de pointe et sa technique d’acteur, tant vocale que corporelle, est d’une précision peu commune. Pour l’acteur, Louise Naubert et les concepteurs ont créé un écrin visuel à la beauté aussi saisissante que fragile. Le résultat est à la fois émouvant et beau, car les divers langages de la représentation théâtrale développent leur ligne à distance les uns des autres; le résultat n’est pas un unisson, mais un accord riche d’harmonies secrètes. Bref, comme dirait mon père, « de la belle ouvrage ».

Rearview est un autre projet que j’ai eu la chance de suivre depuis presque ses débuts. La Troupe du Jour avait organisé une résidence d’auteurs dans une base pour biologistes située sur les bords d’Emma Lake, un lac perdu au fond des bois à trois heures au nord de Saskatoon – la ville où réside la compagnie. Denis Rouleau, le directeur de la compagnie, m’avait invité à venir assister à la fin de la résidence. Parmi ce que j’y avais entendu, deux textes m’avaient frappé : La Maculée de Madeleine Blais-Dahlem (dont l’écriture n’était pas encore très avancée) et 15 km/h de Gilles Poulin-Denis, un solo qu’il interprétait lui-même. Il y avait dans cette version un côté « acteur-qui-s’écrit-un-one-man-show-plutôt-que-d’attendre-que-le-téléphone-sonne », mais surtout il y avait là une indéniable voix d’auteur. Car déjà dans cette version, on trouvait le cœur de Rearview : un homme qui croit fuir les autres alors qu’il se fuit lui-même. Je me suis arrangé pour qu’il puisse bénéficier de travail dramaturgique avec Yvan Bienvenue, qui me semblait le coach idéal pour ce texte : Yvan se retrouverait dans cet univers et pourrait aider Gilles à donner une authentique densité textuelle à son monologue. Puis Gilles a travaillé avec Alain Jean et s’est découvert une véritable nature d’écrivain – ce qui n’est pas nécessairement le cas chez les comédiens qui écrivent. Le texte a intéressé Philippe Lambert, qui en a fait une mise en scène attentive. Résultat : un bel objet théâtral, prenant, complexe, savamment texturé. M’a particulièrement séduit : l’environnement sonore sidérant conçu par Jacques Poulin-Denis, le frère de Gilles.

(À suivre…)

13 juin 2009

DÉSÉQUILIBRÉS

Je n’ai jamais aimé les programmations équilibrées, que ce soit pour une saison de théâtre, un festival ou un événement : une pièce pour papa, une pièce pour maman, une pièce pour les jeunes, une pièce pour grand-maman… J’aime les programmations déséquilibrées, celles où tous les éléments penchent vers la même direction. J’aime ces programmations où chaque pièce, chaque lecture, chaque table ronde, conférence, chaque rencontre fortuite devient l’équivalent d’une réplique dans la pièce de théâtre que devient ainsi l’ensemble de la saison ou l’événement. Et quand tout se répond, émerge un sens qui dépasse la somme des significations de chaque élément.

Au-delà des questions de qualité artistique – ça, c’est le fondement – choisir les composantes des Zones Théâtrales 2009 a été un travail que j’ai accompli avec ma sensibilité, mes connaissances et mon intuition, sans me préoccuper du portrait d’ensemble, me disant qu’il allait bien finir par apparaître. En cela, je suis d’accord avec la position de Brigitte Haentjens : être un directeur artistique, c’est non seulement pratiquer un métier artistique, c’est exercer un art, c’est être artiste. Il faut faire confiance à ce qui se dit dans ce qui ne se dit pas.

Quand j’ai mis sur papier la liste « définitive » de la programmation– après au cours des mois une trentaine de listes de ce genre – j’ai eu un moment de petite panique en réalisant que s’y retrouvaient trois spectacles solos. Je me suis dit : ça va faire trop maigre. Vous voyez comme le syndrome de la programmation bien équilibrée, même moi, je n’y suis pas immunisé… Mais, tout de suite, je me suis posé la question : tous ces solos, qu’est-ce que ça veut dire? Et c’est comme ça que j’ai réalisé ce que les Zones Théâtrales de 2009 cherchaient à raconter : les pièces à plusieurs que j’ai choisies montrent l’effondrement du monde que nous vivons. Les solos nous renvoient à une problématique commune à tous aujourd’hui : comment vivre dans un monde dont les repères se sont désagrégés ?
Sous la mer, toutes les îles se rejoignent.

Paul Lefebvre

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