21 mars 2017

Le 27 mars, c’est la Journée mondiale du théâtre

Gilles Poulin-Denis présente le message canadien

de la Journée mondiale du théâtre pour 2017!

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Comme la philosophie, le théâtre est une conversation qui traverse le temps; les œuvres qui se créent aujourd’hui sont en dialogue avec celles du passé, cherchant soit à poursuivre une tradition, soit à s’en défaire.

Alors où en est cette conversation aujourd’hui?

Depuis quelques années, le théâtre explose hors de son cadre conventionnel. Il se permet d’emprunter aux autres formes d’arts comme le cinéma, la danse, la performance, l’art visuel. Il existe même hors des murs du théâtre, dans la rue lors de performances in situ, dans nos oreilles avec des œuvres radiophoniques et même par le biais de nos ordinateurs et de nos téléphones portables. Si les histoires traversent le temps, de Sophocle à Shakespeare à Jordan Tannahill, la manière de les raconter change toujours; les formes se sont multipliées et les démarches sont en constante évolution. C’est ce qui fait que le théâtre est réellement un art vivant qui est continuellement en train de se réinventer et d’offrir une réflexion sur son temps, sur sa société.

D’ailleurs, éradiquons de nos échanges cette phrase, entendue maintes fois dans les halls des théâtres ou aperçue dans les lignes d’une critique, « ce n’est pas du théâtre » car elle vient étouffer toute envie de dialoguer et vient clore définitivement la conversation qui dure depuis des siècles sur notre pratique. Ceux qui prononcent cette phrase n’ont qu’à se réfugier dans les archives, la nostalgie et dans leur complaisance. En s’efforçant à trop définir cet art et à le figer dans le temps, ils finiront par en faire un art muséal.

Nous, les artistes, les artisans, nous devons continuer à repousser les limites et explorer de nouvelles formes. Conservons cette curiosité qui nous pousse à aller à la rencontre de l’inconnu, à prendre des risques dans la création, à ne faire aucune concession lors de nos créations.  Cultivons cette audace dans ce que nous créons, mais aussi dans le choix des œuvres que nous programmons et dans celui des artistes que nous soutenons.

Toutefois, à l’heure où certains théâtres luttent pour remplir leurs salles, nous avons la responsabilité de nous demander où est le public? A-t-il abandonné le théâtre? Et si c’est le cas, pourquoi? On n’entend jamais : « Je n’aime pas le cinéma. Une fois j’ai vu un film, c’était pas bon, j’y retournerai plus. » Si le théâtre subit ces préjugés, alors que la plupart des autres disciplines s’en trouvent épargnées, c’est justement parce que pour ces individus qui ont abandonné le quatrième art la conversation sur le théâtre s’est arrêtée. Elle s’est justement figée dans le temps. Elle ne leur envoie que l’image d’un art poussiéreux où l’on porte des costumes d’époques et où l’on parle en rimes. Et c’est peut-être simplement que ce public n’a pas encore trouvé son théâtre.

Alors que peut nous offrir le théâtre en 2017? Nul ne le sait exactement. Mais chose certaine,  peu importe la forme que prendra le théâtre auquel on assiste, il y aura inévitablement une constante. C’est ce moment très précis – qu’on soit assis dans une salle centenaire toute en dorure, dans une boite noire pourrie, dans le milieu de la rue ou seul devant un écran -, cet instant où notre attention complète se fixe sur la scène et où nous savons que ce qui se déroulera sous nos yeux est éphémère, que nous assistons à un évènement, ici-maintenant. Ce petit instant-là est suspendu dans le temps, il est plein de promesses et juste pour ce moment, le théâtre demeure un lieu d’exception.

Gilles Poulin-Denis

Vancouver, le 27 janvier 2017

 

Une collaboration de l’Association des théâtres francophones du Canada (ATFC) avec Playwrights guild of Canada (PGC) et Professional Association of Canadian Theatres (PACT)